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Journées européennes du patrimoine    28 septembre 2018

Attachez vos ceintures !

Réparties exceptionnellement sur les quatre week-ends du mois de septembre, les Journées européennes du patrimoine fêtent en Suisse leur 25e édition en cette année 2018. Questionnant les limites géographique, politiques et culturelles actuelles, la thématique Sans frontières a notamment permis d’ouvrir au public le chantier de la nouvelle aile et les coulisses de l’aéroport de Genève. Elle donne aussi l’occasion de s’intéresser à une œuvre de l’artiste américain Don Eddy qui lui fait écho et qui a récemment rejoint les collections de la Fondation.

Peinte à l’aérographe dont il est devenu virtuose en travaillant sur les carrosseries des véhicules du garage de son père, cette œuvre précoce de 1969 est intitulée Departure DC 8 III. Elle fait partie d’un ensemble de quatre œuvres (Departure DC 8 I à IV) de dimensions équivalentes présentées horizontalement ou verticalement dont l’élément central est un DC-8, avion américain emblématique des années 1960. Prises ensemble, ces quatre œuvres ainsi que Harold’s Folks Took a Trip réalisé la même année semblent tirées d’un film qui montrerait le décollage d’un avion et l’arrivée à destination des touristes qu’il transporte.

Don Eddy, « Departure DC 8 III », 1969, acrylique sur toile, 166 x 121 cm, FGA-BA-EDDY-0001 © Artcurial, Paris

Dans Departure DC 8 III, l’avion, peint en contreplongée, occupe la section supérieure de l’œuvre alors qu’une partie de ses ailes et de sa dérive sont hors-champs. Sa carlingue pourtant imposante semble presque légère et le gris métallique du fuselage et des ailes reflète la lumière que renvoie le tarmac baigné par un soleil zénithal qui ne projette qu’une ombre frêle de l’appareil. Aucun nuage dans le ciel bleu azur, les vacances semblent pouvoir commencer.

Dans la partie inférieure du tableau au premier plan, un touriste d’un certain âge, vêtu d’une chemise rose-violette, marche sur le tarmac blanc cassé, casquette turquoise vissée sur la tête. Représenté de profil et ne dévoilant qu’une partie de son buste, il semble annoncer les vagues de touristes que déverseront bientôt les avions de nombreuses compagnies aériennes.

Personnage récurrent dans les œuvres de Don Eddy, il semble incarner le prototype de l’Américain que l’on retrouve en vacances accompagné d’une femme du même âge, plongés en pleine lecture sur une chaise longue à l’ombre d’un palmier dans Leonard’s Folks in Waikiki réalisé en 1969 également.

« Departure DC 8 III » (détail) © Artcurial, Paris
© Artcurial, Paris

Bien plus pop que ses séries hyperréalistes réalisées par la suite autour de l’argenterie (1975-1976), des vitrines (1972-1974) ou des voitures (1970-1972) dont un magnifique exemplaire de berline était présenté au Musée d’Art moderne et contemporain de Saint-Étienne dans le cadre de l’exposition Considérer le monde #1 (11 novembre 2017 – 8 avril 2018), Departure DC 8 III est autant central que singulier dans l’œuvre de l’artiste californien né à Long Beach en 1944.

Loin des avions de guerre peints à la même période par Bernard Rancillac (Mélodie sous les palmes, 1965) ou par Eduardo Arroyo (Guernica, 1970) qui dénoncent la guerre du Vietnam et le franquisme, l’avion de ligne de Don Eddy ne semble pas annoncer de véritable critique de la période ou de la société de consommation et du début du tourisme de masse.

 

Yan Schubert
Conservateur collection beaux-arts

Bernard Rancillac, « Mélodie sous les palmes », 1965, acrylique sur toile, 195,2 x 129,8 cm, FGA-BA-RANCI-0005 © Fondation Gandur pour l’Art, Genève. Photographe : André Morin © 2018, ProLitteris, Zurich
Eduardo Arroyo, « Guernica » , 1970, huile sur toile, 162,5 x 130,3 cm, FGA-BA-ARROY-0007 © Fondation Gandur pour l’Art, Genève. Photographe : André Morin © 2018, ProLitteris, Zurich

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